Deux jours au cœur de la jungle dans le parc national de Bardia au Népal
Le tigre est là. Il dégage quelque chose de majestueux. On reste là, au milieu de la jungle, sans bouger et envahis d'une émotion brute, enivrante.
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Observation des animaux dans la jungle_Bardia (Nepal)

Deux jours au cœur de la jungle de Bardia

Chitwan ou Bardia ? Jungle
D’un côté Chitwan, facilement accessible et donc offrant davantage de temps sur place MAIS très fréquenté.
De l’autre, Bardia, exigeant 15 heures de route au bas mot pour y accéder MAIS bien plus sauvage et préservé.
Finalement, c’est encore une fois notre besoin d’authenticité qui a pris le dessus.

Comme on vous le décrit dans cet article « Bardia ou Chitwan : quel parc protégé choisir pour observer les animaux ? » , Bardia est une perle du Népal. Un Paradis où la douceur de vivre se mêle à l’incroyable vie sauvage qui règne en maître.  Jungle

Nous devions rester 5 jours sur place. Nous y sommes finalement restés 10. Et si j’avais pu, j’y aurais élu domicile pour bien plus longtemps.  Jungle

Au Racy Shade resort, nous avons suivi Christophe d’abord un jour à pied dans la jungle, puis deux jours, au plus près de la vie sauvage.  Jungle

Départ pour deux jours au cœur de la vie sauvage

Nous partons très tôt le matin et arrivons à Chisapani, d’où l’aventure commence. Elle commence par un déjeuner dans un restaurant traditionnel soit un boui-boui du coin. Et ne me dites pas qu’ingurgiter de la nourriture népalaise épicée à la mort, c’est pas l’aventure !
Regroupés au bord de la rivière Karnali après le déjeuner, notre mission, c’est de gonfler le raft qui sera notre moyen de transport pendant deux jours.
L’activité de cette petite ville est intense et animée. Ici et là, des enfants se jettent dans les courants du fleuve, qu’ils s’amusent à remonter à la nage, les femmes font la lessive au bord du fleuve et les vaches viennent se désaltérer pendant que les cochons font la sieste, au soleil.  Jungle

Nous, on part. En place sur notre yatch dernier cri, nous descendons enfin le fleuve, direction la jungle.

Au plus près de la nature

Après une heure de navigation, nous arrivons enfin dans la zone protégée. Les daims et les cerfs, curieux, hésitent entre se mettre à l’abri et nous observer.
Les singes suivent notre joyeuse petite troupe depuis la rive et nous nous sentons soudain au coeur d’une nature, splendide et vierge de toute activité humaine.
C’est dans un silence quasi monacal que nous évoluons sur la rivière. Il n’y a que de cette manière que nous aurons une chance de croiser des animaux. Nous, ce qu’on guette, ce sont les éléphants, les rhinocéros et le tigre !

Les heures défilent, le soleil cogne fort et nous alternons descente en raft avec pauses sur les berges, cachés dans les arbres et fourrés, afin d’avoir une chance de croiser quelque chose. Rien. Je perds espoir. On ne le verra donc jamais ce tigre. La chaleur écrasante semble avoir endormi toute la jungle et seuls les singes, pour qui nous sommes une attraction, passent leur temps à nous épier.

Après un break de plus d’une heure, notre observation n’a rien donné et nous devons continuer d’évoluer sur le fleuve sous peine de ne pas arriver avant le coucher de soleil à notre campement. Et en matière de sécurité, ce n’est pas un secret, les animaux sortent à la tombée du jour lorsque l’air se fait plus frais. Sauf qu’eux sont agiles et y voient bien. Nous par contre, à la nuit tombante, on ne sert plus à grand chose sinon à être de bonnes proies.

Quand l’inattendu devient magique

Puis, tout à coup, mon cœur éclate dans ma poitrine. Il est là ! Le tigre est lààààààà ! A quelques mètres de nous, dans la rivière, il se rafraîchît. Il nous a vu lui aussi. Dans un silence total, nous freinons le raft le plus vite possible, d’abord pour ne pas le déranger, et aussi pour garder nos distances.

On s’observe mutuellement. Le temps s’arrête. Plus rien ne bouge. Je ne sais même pas si je pense encore à respirer. Le moment est magique et se fige pour toujours dans ma mémoire.

Le tigre, dérangé mais pas effrayé, nous offre le privilège de l’observer quelques secondes avant de disparaître dans les hautes herbes. Sa démarche est lente et belle. Il dégage quelque chose de majestueux et nous sommes tous en admiration totale devant cet animal impressionnant. On reste là, sans bouger, sans voix et envahis d’une émotion brute, inattendue, enivrante.
Le bonheur, sans filtre.
Cette rencontre est brève mais intense.

Lorsque Mukti est certain que nous pouvons reprendre le chemin, nous nous remettons à ramer. Nous évoluons sur quelques mètres, quand tout à coup, la magie opère, une seconde fois ! La chance est avec nous ! Cette fois, c’est une femelle qui profite de la relative fraîcheur de l’eau. C’est incroyable. Encore sonnés de notre première rencontre, nous n’imaginions pas croiser un deuxième tigre là où, généralement, on n’en croise même pas un ! Faute de pouvoir crier de joie, je souris bêtement, dans le vide. J’ai l’air abruti mais on partage tous ce sourire ahuri à cette minute précise. Cette fois, on s’arrête sur la berge. L’idée est de suivre les traces. Bishnu grimpe à l’arbre plus vite que Mowgli pour repérer où se situe la tigresse. La peur de la voir surgir des herbes, se mêle à l’excitation de la découvrir, plus près encore.
Mais elle est bel et bien partie.
L’émotion est longue à redescendre.

Durant notre descente en raft, la nature est généreuse et nous offre un éventail d’animaux à observer. Le spectacle des oiseaux colorés et autres petits animaux qui se montrent est magnifique.

Après les tigres….

Une fois encore, l’adrénaline remonte en flèche. Bishnu fait signe de se taire et d’écouter. Les herbes hautes cachent quelque chose et c’est trop bruyant pour être un écureuil mignon.
On stoppe le raft sur la berge opposée et l’on se cache. C’est sûr, un rhino approche.
Armés de nos jumelles, on observe. C’est vrai que ça bouge sacrément en face ! Et soudain, je vois deux oreilles sortir des hautes herbes. Elles se baladent, sereines, et je les suis à la trace.

Si un rhinocéros charge, on a ordre de courir vite et de le semer en montant sur une hauteur. Avec son poids, la bestiole aura du mal à monter et fera demi tour. Sauf que notre environnement est désespérément plat. Pire, il est plat et on n’y voit pas à un mètre tant les feuillis sont denses et hauts. Et inutile de grimper à l’arbre, il peut le dégommer.
Raison de plus pour ne pas se faire repérer.
De loooongues minutes s’écoulent sans rien voir. Le rhino semble hésitant. Il soupçonne notre présence et doute à sortir des herbes. Puis, petit à petit, à force de patience, on le voit enfin. Monsieur-le-gros sort des herbes et gagne la rivière.

Alors c’est ça un rhinocéros ? Je suis émue. C’est la première fois que j’en vois un, et le voir évoluer dans son environnement naturel ajoute une touche d’émotion à la magie du moment. Il est impressionnant. Avec sa carapace épaisse et ses cornes imposantes, on le croirait tout droit sorti de la préhistoire. Il impose le respect.
Il prend son temps. Zigzague de droite à gauche, fait trempette, avance si doucement dans l’eau qu’au bout d’un moment, on se demande même s’il va nous laisser rejoindre le raft et repartir ! On s’amuse de le voir si pépère et l’on aurait même tendance à oublier qu’un tel animal peut se montrer très dangereux. Là, machouillant ses herbes qui débordent de sa gueule, il manque cruellement de potentiel « danger » et on adore partager, de loin, ce moment privilégié.
Son bain prend plus d’une demi-heure et nous reprenons la route une fois que nous sommes certains qu’il n’y a plus de danger.

Une rencontre inoubliable avec les locaux

Plusieurs coups de rame et 30 minutes de marche plus loin, nous atteignons notre point de chute pour la nuit.
On dormira sur la berge. Bishnu nous rassure, ils se relaieront toute la nuit autour du feu pour monter la garde histoire qu’on ne panique pas.
Euh…comment ça monter la garde ?
Il me répond, zen, « bah oui, contre les éventuels éléphants ou tigres qui viendraient se balader vers nos tentes. »
Ah. Oui. Bien. Pas de panique en effet. Bon bah voila, je sais donc maintenant qu’on ne dormira pas et qu’on montera la garde nous aussi.

Le soir, une belle surprise nous attend. Des hommes du village voisin nous ont rejoint et nous transportent sur leurs buffles jusqu’au village.
On bénéficie d’un accueil digne de ce nom. Les gens sont en fête, dansent, rient, jouent de la musique, et nous invitent à se joindre à eux. On participe à leurs danses traditionnelles et on est tellement empotés que ça les fait marrer. La soirée se déroule dans la joie. On partage le repas avec certains d’entre eux. Les différents petits plats n’en finissent pas d’arriver et on ne sait plus comment dire non. Ils se marrent en nous voyant galérer bref ils se marrent tout le temps en nous observant quoi. La soirée est un moment de partage génial et c’est emplis de joie qu’on regagne, en buffle, notre campement.

Une journée riche en émotion est un doux euphémisme pour décrire ce que nous avons vécu.

Quand on regrette d’avoir regardé tant de films d’horreur

La nuit est tout aussi riche et tout aussi peu reposante. En fait elle est carrément angoissante. Bishnu, Mukti et les autres ont (beaucoup) bu à la soirée, et dorment comme des bébés autour du feu. Feu qui se meurt rapidement.
Et donc, dans mon cerveau ça se passe à peu près comme ça : gens qui dorment + feu éteint = pas de protection = rencontre surprise à tout moment avec un animal sauvage.
On écoute tous les bruits et on imagine des ombres se déplacer là où il n’y a absolument rien.

Deuxième jour de safari bateau

Aujourd’hui, on aura la chance d’observer un majestueux daim blessé. Bishnu nous indique que c’est sans doute par un tigre et qu’il y aura échappé de peu. C’est fascinant. Plus curieux que craintif, le cerf nous observe, immobile, au bord de l’eau. On passe devant lui sans faire un bruit et nous sommes aussi fascinés par lui, que lui par nous.

C’est un jour à oiseaux. Des dizaines de petits volatiles aux couleurs arc en ciel animent notre journée. Émotionnellement, le retour est plus calme que la veille.
De retour au Racy Shade, on se sent chanceux. Avoir l’immense privilège de regarder la nature sauvage droit dans les yeux, c’est carrément pas banal.

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