Sunshine blogger award - rencontrer le tigre sauvage au Népal

Quand on cherche le tigre, il nous trouve

Jusqu’à présent, je voyais le tigre comme un animal majestueux, sauvage et magnifique. Ca c’était jusqu’à cette minute, longue comme l’éternité, où j’ai bien failli mourir d’une attaque cardiaque, en entendant le sauvage en question rugir dans mon oreille!

Sur les traces du tigre

Il est 7h du matin. La super équipe du Racy Shade a accepté de nous emmener hors des sentiers battus pour suivre la trace du tigre au plus près.

C’est donc surexcités que nous emboîtons le pas de Bishnu, Mukti, Krishna et Christophe, chef de troupe. On n’est pas peu fiers d’être considérés comme « capables » de suivre la troupe d’expert plus loin que ce qu’ils offrent d’habitude aux voyageurs.

Sur le chemin, ils prennent le temps de nous expliquer la manière dont ils ont l’habitude de procéder et nous donnent quelques consignes de sécurité. Pour la faire courte, il faut courir et grimper le plus haut possible dans l’arbre le plus proche. Ça tombe bien, je cours moins vite qu’un tigre (moins vite que ma nièce de 5 ans aussi si ça peut vous donner un ordre d’idée) et je n’ai jamais grimpé aux arbres de ma vie. La solution la plus simple serait donc de ne pas avoir à sauver sa vie.

De l’importance de comprendre la nature du tigre

Il est primordial, avant de se lancer à la recherche de l’animal, de comprendre son comportement. Cela permet entre autre de savoir comment réagir au cas où l’on se retrouverait nez à nez avec l’animal.

Règle n°1 : surtout, ne pas paniquer.

Christophe est rassurant et très pro dans ses explications. On comprend bien que le tigre, animal solitaire et puissant, n’est pas un prédateur pour l’homme. Il n’attaque pas pour le plaisir, et choisit normalement de changer de chemin plutôt que d’avoir à faire l’effort de se battre. Vaillant mais pas plus qu’il n’en faut quoi… En plus, nous sommes en groupe et le tigre n’attaque pas un groupe. Le seul risque existe lorsqu’un homme est seul.
Bon, on est rassurés et on sait que de toute façon, quoiqu’il arrive on suivra les instructions de Christophe à la lettre. Lui il connait la jungle, pas nous. C’est un argument qui pèse dans notre balance.

Voyant que l’on part poitrine en avant, Christophe finit par cette douce conclusion « Le mois dernier, un Hollandais et son guide se sont fait attaquer par une femelle. Le guide s’est fait manger la cuisse, et le Hollandais a juste eu le temps de grimper à un arbre, et est resté là des heures avant de pouvoir repartir ». Il nuance son propos « Oui mais c’était une femelle qui défendait son petit ». Ah. Bah oui du coup, si on croise un tigre, on fera en sorte de choisir un mâle pour être certains qu’il n’y ait pas de petit. C’est évident.

Bardia où la beauté de la nature sauvage

La balade en jeep à travers la forêt protégée de Bardia est un véritable délice. Nous croisons des biches, des cerfs et des singes que l’on a la chance d’observer au plus près. Après quelques heures, la team décide que nous continuerons l’expédition à pieds.

Le coeur battant, partagés entre l’excitation et la peur, nous suivons donc Christophe et ses gars dans les hautes herbes de la jungle qui s’ouvre à nous.

Bishnu et Mukti prennent les devants, et avancent en serrant la pagaie qui leur servira de défense au cas où. (Si vous vous demandez pourquoi ne pas prendre un fusil plutôt qu’une pagaie, la réponse est simple : la jungle de Bardia est un territoire protégé où il est strictement interdit de chasser. A force de déforestation, et de braconnage les tigres et animaux sauvages ont été décimés. Ceux qui restent aujourd’hui sont donc protégés. Nous nous rendons dans la jungle en notre âme et conscience. C’est nous qui allons chercher le tigre sur son territoire, à nous donc d’en assumer les éventuelles conséquences.)

Nous évoluons en fil indienne dans des herbes sèches qui font deux fois notre taille. Evidemment nous faisons du bruit en avançant et j’imagine un tigre ou un rhino caché derrière chaque brin d’herbe, prêt à bondir. Je ne suis pas la seule visiblement. Julien, devant moi, est monté sur ressort et sursaute au moindre craquement de brindille.

Bishnu coupe les herbes à mesure que nous avançons. Nous longeons la rivière sur notre droite sans la voir et nous croisons bientôt un petit chemin, qui mène justement à cette rivière.

Incroyable rencontre avec un rhinocéros

L’aventure, mélange explosif de peur et d’excitation

Christophe nous arrête et à voix basse, nous montre les empreintes de tigre. « Vous voyez ça? Elles sont fraîches. Le tigre à du passer ici il n’y a pas longtemps. » Nous sommes à fleur de peau. Tous les poils de mon corps sont dressés. Julien a les yeux qui sortent des orbites. J’ai l’impression d’être revenue au stade sauvage, où seuls l’instinct et l’analyse des bruits comptent. C’est fascinant et en même temps hyper flippant. L’imagination se mêle à la réalité et nous tentons de retracer mentalement son chemin. Nous avançons de quelques mètres pour que Christophe continue ses explications et nous prévienne que « si jamais » il y a une forêt juste là dans laquelle on pourra se réfugier.

Nous revenons sur nos pas pour retrouver le chemin et là, Christophe stoppe net. Les traces que nous avons vues quelques minutes auparavant sont accompagnées de nouvelles traces, allant cette fois-ci dans l’autre sens ! « Vous voyez ?! » Nous crie-chuchote-t-il. « Le tigre a dû aller se désaltérer à la rivière !  » ……. Je n’ai pas le temps de réguler mon rythme cardiaque qu’un rugissement surréaliste brise le silence ambiant et nous parvient de TRÈS près dans les oreilles. Et au son, je suis capable de dire qu’il ne s’agissait pas d’un chaton !!

Vous êtes-vous déjà figés de peur ?

Moi oui. Nous tous en fait. Impossible de savoir exactement où se situe le tigre, donc impossible de bouger pour aller dans une direction, par risque de courir dans SA direction ! Mon cœur explose dans ma poitrine. Personne ne bouge, tous les regards sont fixés sur Christophe, qui nous fait signe de garder le contrôle. Les secondes qui suivent sont des heures, tout semble s’être arrêté autour.

Et tout à coup, Christophe ordonne « Courez ! » Même Carl Lewis n’a jamais couru aussi vite que moi, j’en suis sûre !

Nous nous réfugions dans la forêt sans même nous retourner, et nous tentons une escalade dans les 1ers arbres que nous trouvons.

Ne doutez plus, je vous l’affirme, la peur décuple les capacités. Moi madame-raideur-suprême, j’étais au milieu de l’arbre en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire.

Bon il y a quand même une injustice immense sur cette terre : les Népalais sont aussi habiles et souples que Mowgli et se retrouvent à la cime de l’arbre en 3 secondes chrono alors que nous, on se tient lamentablement de toutes nos forces au tronc à à peine 3 mètres du sol.

De là où ils se trouvent, Bishnu et Mukti voient le tigre parfaitement.

Il se désaltère tranquillement à la rivière, à quelques mètres seulement. Les deux acrobates communiquent par signes avec Christophe, resté en bas, afin de l’informer de la situation. Une fois qu’ils sont certains que la zone est sans danger, ils nous font redescendre. Moi j’attends. J’attends d’être certaine qu’ils soient certains que la situation soit certaine.

Christophe, dont l’excitation est au même niveau que notre peur, nous invite à le suivre. Pas lui. Le tigre !! Je cherche la caméra cachée.

Il nous explique que la bête a seulement voulu nous informer de sa présence, afin qu’on ne vienne pas le déranger pendant sa pause-rivière.

Peut-être mais moi j’écoute ce qu’on me dit. Et si on me dit de pas déranger, c’est pas pour que j’aille précisément déranger! Donc cette idée de le suivre là…..

Mais Christophe sait se montrer convaincant et très honnêtement, entre le suivre et rester seule ici, je préfère encore qu’on se fasse tous bouffer en même temps. Pas de regret.

Et nous repartons à sa recherche. Nous traversons la rivière qui nous arrive à mi-cuisse, nous rampons sous les feuillis et les ronces, pour se retrouver….bah j’en sais rien. Je ne sais pas, je ne sais plus. Mon cerveau a fini de fonctionner depuis un moment, je suis en mode pilote automatique.

Bishnu et Mukti montent à nouveau dans un arbre pour localiser le tigre, qui n’est plus qu’à quelques mètres de nous. Je tremble comme jamais je n’ai tremblé de toute ma vie. Impossible de me maîtriser. Nous ne pouvons malheureusement pas le voir à cause des ronces. Lui non plus ne nous a pas sentis.

Je recommence à respirer. Le tigre s’en va, à l’opposé de notre position.

Les émotions fortes s’arrêtent donc ici pour le moment.

Une journée riche en émotions

Petit à petit, je reprends pied. Julien tend sa main, et elle tremble au moins autant que la mienne. L’air entre à nouveau dans nos poumons. Jamais je n’avais ressenti un tel mélange d’excitation et de peur. C’était grisant et paralysant en même temps. Une expérience folle, même si l’on n’a fait qu’entendre l’animal. Un moment bien plus fort et plus beau que l’observation d’animaux victimes dans les zoos.

La journée a continué avec l’impression folle d’être de vrais aventuriers-comme-dans-les-films. Nous avons arpenté la jungle sous un soleil de plomb, parfois dans le lit d’une rivière desséchée, parfois parmi un océan de pierres cramées par le soleil, parfois a travers champs ou forêt.

Nous avons découvert un boa dans son nid (heureusement en train de dormir, pas 2 arrêts cardiaques dans une même journée pitié ! ), des singes et oiseaux colorés ou encore un rhinocéros avec toujours en arrière pensée, la présence possible d’un tigre, là, pas loin.

On n’est pas d’ici, on va rentrer…

A la tombée de la nuit, nous sommes encore en train de marcher dans la jungle. C’est pourtant à ce moment de la journée que les tigres sortent, lorsque la chaleur tombe et que la chasse peut commencer. Là, je trouve Christophe relativement inconscient, et je lui rappelle qu’on a prévu de rester en vie pour finir notre trip d’un an.

Il concède qu’il est déjà tard et nous pressons le pas pour rejoindre la jeep. Julien et moi sommes aux aguets du moindre mouvement. Là, dans la pénombre, on est terrorisés et énervés contre Christophe de cette inconscience. Parce que là, pour le coup, en plus de ne rien y voir, on est au Rdv pour la sortie des tigres !

Je ne suis pas un repas facile moi !

Fin d’un rêve, début d’un incroyable souvenir

La marche se fait sans encombre jusqu’à la jeep, que nous ne sommes pas mécontents de retrouver.

Le soir, nous sommes excités comme des gosses. On a l’impression d’avoir vécu un rêve. Tout cela doit sortir de notre imagination, tant d’émotions à la fois n’est pas possible !

Cette aventure est la plus exaltante que nous ayons jamais vécue et restera un souvenir incroyable.

Après avoir entendu le tigre, on a voulu le voir ! On est donc retournés à l’aventure pendant deux jours et une nuit dans la jungle… On vous détaille la folie de la jungle dans l’article « Deux jours au cœur de la jungle à Bardia ».

Equipe du Racy Shade
7 Comments
  • Lucho
    Posted at 01:11h, 04 février Répondre

    Bonjour!
    Voilà plusieurs mois que je veux vous écrire et je retombe sur une vidéo de tigre qui me refait penser à votre blog.
    Blog qui m’avait definitivement décidé à aller passer 7 jours à Bardia en avril 2024 (un mois en tout au Nepal). Votre histoire de rugissements de tigre dans les hautes herbes m’avait tout simplement plu et convaincu… Je bosse dans l’environnement, j’ai d’ailleurs déjà travaillé sur des félins en Guyane et je me suis donc mis en tête de trouver un guide pour m’emmener en solo a pied sur plusieurs jours dans le parc national. Pas facile de trouver une formule sans être un groupe et sans que ce soit trop coûteux mais j’ai fini par y parvenir.
    1 ou 2j de test pour voir si je tenais le coup niveau endurance et chaleur et nous voilà partis sur plusieurs jours à la recherche des fameux tigres, mais il y a tellement d’autres bestioles magnifiques!!!
    Bref nous voilà partis, rien les premiers jours (je parle des tigres sinon plein de faune) et puis soudain fin du troisième mon premier tigre… 5min d’observation, au loin, juste monstrueusement magique… les jours suivant s’écoulent et plus de traces des tigres (enfin si, plein de traces mais pas d’observation…) et il fallait déjà commencer à penser au retour 🙁
    Une chaleur pas possible, des km et des km à longer les rivières (en période sèche ils se concentrent le long des cours d’eau) et j’étais déjà psychologiquement en train de penser à l’après… Et puis des empreintes fraîches, des crottes fraîches et soudain ce que vous racontez arriva : un ÉNORME grognement à vous faire tomber par terre à 3m de nous et moi qui fait un bond pas possible en arrière!!! Et mon guide qui m’ordonne de le suivre et nous voilà en train de foncer dans la direction du grognement. Je vous avouerais que naturellement je serais plutôt allé dans l’autre direction mais après tout je voulais voir des tigres c’était l’occasion!!!
    Bref on fonce dans les hautes herbes et on tombe face à face, mais quand je dis face à face c’est vraiment le cas, avec un couple qui nous toisent. Il y a eu cette demie seconde ou ni eux ni nous ne connaissaient la suite et ils ont heureusement décidé de mettre les voiles plutôt que de nous découper en rondelles, c’était juste incroyable. Ils ont donc rapidement fui un peu plus loin à une quinzaine de mètres, et sont restés là a nous regarder autant que nous le faisions pendant au moins une heure. On tremblait comme des feuilles on était vraiment pas loin… Moment incroyable qui vraiment restera gravé à vie dans ma mémoire et ce moment c’est un peu grâce à vous et je vous en remercie PLUS QU’INFINIMENT.
    200m après rebelotte avec un autre individu mais moins visible et encore un autre 2h plus tard. Incroyable journée, j’ai quand même voulu débriefer avec mon guide pour comprendre pourquoi on avait foncé sur eux aussi inconsciemment et il m’a répondu qu’en général ils prennent la fuite et que c’est la seule chance d’en voir la queue, mais que là ça ne s’est pas passé exactement comme d’habitude!!! Période d’accouplement, il est fort possible (et j’en suis navré car je travaille dans l’environnement) que nous les ayions dérangés au moment fatidique. Mon guide m’a expliqué qu’en 17 ans de métier cela ne lui était arrivé que 2 ou 3 fois… voilà pour la partie féerique du récit, j’y repenserai ma vie entière et vous y êtes pour quelque-chose encore merci.

    Après je voulais aussi ici détailler l’histoire de mon guide, Manmo, pour que les gens aient bien conscience des risques potentiels encourus…
    J’ai croisé pas mal de photographes ou de groupes sur les secteurs les plus accessibles du parc dont la condition physique laissait pas mal à désirer… et non contents d’avoir du mal à se mouvoir ils se trimballaient avec eux une quantité pas possible de matos, des chaises pliantes pour l’observation, des jumelles, des teleobjectifs de 5 kg, des gamelles de bouffe bref tout confort.
    Ne faites pas cela même si c’est votre guide qui porte. Soyez hyper vigilants et prêts à réagir en permanence.
    Je dis cela car 2 semaines après mon départ Manmo était avec un américain dans un secteur normalement sans grand danger, et un rhinocéros a débarqué de je ne sais où. Le touriste n’a pas eu le temps de déguerpir et s’est fait charger bien comme il faut. Manmo s’est heroiquement interposé pour distraire l’animal, l’americain a survécu mais lui est mort sur le coup. 33 ans, 1 femme, une fille. Le pire est qu’il devait arrêter son travail quelques semaines après pour aller travailler en Roumanie.
    Les risques que nous prenons sur une petite semaine et qui nous font tant vibrer, eux les prennent en continu… c’est en tout cas ce que j’ai retenu et qui a considerablement entaché mon apres-voyage.
    Soyez super vigilants même si à priori tout à l’air si tranquille!!! Et si vous n’avez pas la forme ne tentez surtout pas le diable, prenez les safaris certes un peu (bcp) plus touristiques en jeep mais ne prenez pas de risque, pour vous comme pour votre guide (et je suis bien conscient que j’en ai fait egalement prendre à Manmo qui voulait absolument que j’en vois le plus possible). Voilà désolé pour la fin de l’histoire beaucoup moins drôle mais ça fait aussi parti de mon témoignage…
    Et merci encore pour votre blog et cet incroyable Manmo

    • Sonia
      Posted at 12:32h, 13 février Répondre

      Je ne sais pas par où commencer… j’ai lu votre récit avec tant d’émotions. A tel point que vous avez réussi à me mettre les larmes aux yeux ! Je vous suis vraiment reconnaissante d’avoir pris la peine de partager votre aventure. Savoir que mon récit à pu inspirer votre voyage représente une superbe récompense au temps que je passe sur ce blog et surtout … j’ai voyagé une nouvelle fois à Bardia grâce à vous ! J’étais avec vous dans votre épopée et ce que vous avez vécu est carrément incroyable ! Encore « mieux » (même si bien sûr je ne compare pas les 2 voyages) que de simplement l’entendre, vous vous les avez vus ! J’imagine l’état indescriptible dans lequel on doit se trouver à cet instant. Un moment suspendu, unique et rare. Quel cadeau !
      Vous avez par ailleurs tout à fait raison de préciser que ce type de voyage ne se fait pas à la légère et qu’il peut être lourd de conséquences, pour nous comme pour nos guides. L’histoire de Manmo n’illustre malheureusement que trop bien ce discours et ce sont des histoires crève-coeur que l’on pourrait éviter au maximum avec un peu de préparation. Le risque 0 n’existe pas bien sûr, mais le discours que vous tenez est juste et nécessaire.
      Je vous envoie donc un grand MERCI, pour les émotions que vous m’avez offertes à la lecture de votre message, pour avoir pensé à me faire un retour, pour avoir eu confiance dans mon récit au point de le prendre comme point de départ de votre propre aventure.
      J’imagine aisément que, comme nous, vous garderez un souvenir indélébile de ce mois au Népal et vous verrez, avec le temps, le souvenir reste intact. Les émotions vécues sont si intenses que la mémoire est gravée 🙂
      A nouveau, Merci…

  • Lucho
    Posted at 00:57h, 04 février Répondre

    Bonjour!
    Voilà plusieurs mois que je veux vous écrire et je retombe sur une vidéo de tigre qui me refait penser à votre blog.
    Blog qui m’avait definitivement décidé à aller passer 7 jours à Bardia en avril 2024 (un mois en tout au Nepal). Votre histoire de rugissements de tigre dans les hautes herbes m’avait tout simplement plu et convaincu… Je bosse dans l’environnement, j’ai d’ailleurs déjà travaillé sur des félins en Guyane et je me suis donc mis en tête de trouver un guide pour m’emmener en solo a pied sur plusieurs jours dans le parc national. Pas facile de trouver une formule sans être un groupe et sans que ce soit trop coûteux mais j’ai fini par y parvenir.
    1 ou 2j de test pour voir si je tenais le coup niveau endurance et chaleur et nous voilà partis sur plusieurs jours à la recherche des fameux tigres, mais il y a tellement d’autres bestioles magnifiques!!!
    Bref nous voilà partis, rien les premiers jours (je parle des tigres sinon plein de faune) et puis soudain fin du troisième mon premier tigre… 5min d’observation, au loin, juste monstrueusement magique… les jours suivant s’écoulent et plus de traces des tigres (enfin si, plein de traces mais pas d’observation…) et il fallait déjà commencer à penser au retour 🙁
    Une chaleur pas possible, des km et des km à longer les rivières (en période sèche ils se concentrent le long des cours d’eau) et j’étais déjà psychologiquement en train de penser à l’après… Et puis des empreintes fraîches, des crottes fraîches et soudain ce que vous racontez arriva : un ÉNORME grognement à vous faire tomber par terre à 3m de nous et moi qui fait un bon pas possible en arrière!!! Et mon guide qui m’ordonne de le suivre et nous voilà en train de foncer dans la direction du grognement. Je vous avouerais que naturellement je serais plutôt allé dans l’autre direction mais après tout je voulais voir des tigres c’était l’occasion!!!
    Bref on fonce dans les hautes herbes et on tombe face à face, mais quand je dis face à face c’est vraiment le cas, avec un couple qui nous toisent. Il y a eu cette demie seconde ou ni eux ni nous ne connaissaient la suite et ils ont heureusement décidé de mettre les voiles plutôt que de nous découper en rondelles, c’était juste incroyable. Ils ont donc rapidement fui un peu plus loin à une quinzaine de mètres, et sont restés là a nous regarder autant que nous le faisions pendant au moins une heure. On tremblait comme des feuilles on était vraiment pas loin… Moment incroyable qui vraiment restera gravé à vie dans ma mémoire et ce moment c’est un peu grâce à vous et je vous en remercie PLUS QU’INFINIMENT.
    200m après rebelotte avec un autre individu mais moins visible et encore un autre 2h plus tard. Incroyable journée, j’ai quand même voulu débriefer avec mon guide pour comprendre pourquoi on avait foncé sur eux aussi inconsciemment et il m’a répondu qu’en général ils prennent la fuite et que c’est la seule chance d’en voir la queue, mais que là ça ne s’est pas passé exactement comme d’habitude!!! Période d’accouplement, il est fort possible (et j’en suis navré car je travaille dans l’environnement) que nous les ayons dérangé au moment fatidique. Mon guide m’a expliqué qu’en 17 ans de métier cela ne lui était arrivé que 2 ou 3 fois… voilà pour la partie féerique du récit, j’y repenserai ma vie entière et vous y êtes pour quelque-chose.

    Après je voulais aussi ici détailler l’histoire de mon guide, Manmo, pour que les gens aient bien conscience des risques potentiels encourus…
    J’ai croisé pas mal de photographes ou de groupes sur les secteurs les plus accessibles du parc dont la condition physique laissait pas mal à désirer… et non contents d’avoir du mal à se mouvoir ils se trimballaient avec eux une quantité pas possible de matos, des chaises pliantes pour l’observation, des jumelles, des teleobjectifs de 5 kg, des gamelles de bouffe bref tout confort.
    Ne faites pas cela même si c’est votre guide qui porte. Soyez hyper vigilants et prêts à réagir en permanence.
    Je dis cela car 2 semaines après mon départ Manmo était avec un américain dans un secteur normalement sans grand danger, et un rhinocéros a débarqué de je ne sais où. Le touriste n’a pas eu le temps de déguerpir et s’est fait charger bien comme il faut. Manmo s’est heroiquement interposé pour distraire l’animal, l’americain a survécu mais lui est mort sur le coup. 33 ans, 1 femme, une fille. Le pire est qu’il devait arrêter son travail quelques semaines après pour aller travailler en Roumanie.
    Les risques que nous prenons sur une petite semaine et qui nous font tant vibrer, eux les prennent en continu… c’est en tout cas ce que j’ai retenu et qui a considerablement entaché mon apres-voyage.
    Soyez super vigilants même si à priori tout à l’air si tranquille!!! Et si vous n’avez pas la forme ne tentez surtout pas le diable, prenez les safaris certes un peu (bcp) plus touristiques en jeep mais ne prenez pas de risque, pour vous comme pour votre guide (et je suis bien conscient que j’en ai fait egalement prendre à Manmo qui voulait absolument que j’en vois le plus possible). Voilà désolé pour la fin de l’histoire beaucoup moins drôle mais ça fait aussi parti de mon témoignage…
    Et merci encore pour votre blog.

  • Elfi
    Posted at 17:59h, 15 octobre Répondre

    Cà nous donne vraiment envie d’y aller dans quelques jours une fois remis du trek vers l’Everest. Merci pour ces infos précieuses.

    • Sonia
      Posted at 10:55h, 30 octobre Répondre

      Je suis ravie que les infos vous soient utiles ! Y etes-vous allés finalement ? C’était comment ? Qu’avez-vous fait ?

  • Jolies lueurs
    Posted at 13:09h, 19 février Répondre

    Wow mais quelle histoire de DINGUE !
    J’imagine que le souvenir que vous gardez de cette journée est incroyable !
    Votre récit m’a transporté un instant avec vous dans la jungle 🙂

    • Sonia
      Posted at 15:34h, 19 février Répondre

      La plus dingue qu’on ait vécue en tout cas 😉 Oui on en garde un souvenir fou et tellement précieux ! C’est super si on a réussi à te faire « vivre » l’aventure le temps de ces quelques lignes on en est ravis 🙂

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